C'est alors qu'il a été approché pour faire quelque chose d'inédit : intégrer l'équipe chargée de la conversion d'images en 3D pour Prime Focus World. « À cette époque, c'était quelque chose de complètement nouveau. Il n'y avait pas de techniciens 3D compétents, personne ne comprenait vraiment ce qu'il fallait faire pour convertir tout un long métrage », explique-t-il.

S'appuyant sur plus de dix ans d'expérience dans le domaine des effets visuels, Baker n'a pas eu peur d'explorer de nouvelles possibilités pour améliorer la qualité de l'image 3D. Sa stratégie a fini par payer, Prime Focus World est alors  le premier studio au monde à avoir converti un long métrage hollywoodien de la 2D à la 3D. Le processus de conversion d'images en 3D View-D, système propriétaire et récompensé, est utilisé avec Fusion. Il est désormais l’élément incontournable d’innombrables films hollywoodiens, dont « The Avengers : L'ère Utron », « Gravity » et plus récemment, « Ant-Man ».

Pour en savoir plus, nous avons discuté de « Ant-Man » avec Richard Baker pour savoir ce qu'il a appris au cours de son parcours dans le monde de la 3D.


Comment le secteur de la conversion d'images en 3D a-t-il évolué depuis que vous avez débuté chez Prime Focus ?

À l'époque, il y avait peu de studios qui faisaient de la conversion stéréoscopique. Un des premiers films sur lequel j'ai travaillé avec Prime Focus était la première partie de Harry Potter et les reliques de la mort, sur lequel 5 studios travaillaient en collaboration. Cependant, de par la nature compétitive de ce marché, ce projet n’a finalement été pris en charge que par un seul des quatre studios, notamment parce que les longs métrages exigent beaucoup de ressources. Nous travaillons avec quatre cent techniciens pour le matte-painting et cinq à six cent techniciens pour la stéréo.  Chaque projet demande beaucoup d'engagement et nécessite beaucoup de main-d'œuvre.

Prime Focus est spécialisé dans la conversion en 3D, cependant, beaucoup pensent encore qu’un film réalisé en 3D directement sur le plateau est une solution privilégiée par rapport à la conversion d'un film en 2D vers la 3D en post. Que souhaitez-vous leur dire ?

Je pense que les deux méthodes peuvent cohabiter, cependant, je ne crois pas que la seule et unique « véritable » stéréoscopie soit celle réalisée sur le plateau. Pour certains projets, comme pour les documentaires animaliers par exemple, la stéréo sur le plateau est super, mais pour les films à gros budget qui reposent sur de nombreux effets visuels, cela n'a pas de sens. Lorsque vous tournez un film sur douze ou seize semaines, cela ralentit considérablement le tournage.

Un autre problème se pose lorsque vous avez beaucoup d'effets visuels, si vous ne filmez qu'un personnage sur fond vert sans aucun autre élément, comment pouvez-vous être sûr de la meilleure façon de filmer en stéréo. Il faut alors attendre que les effets visuels soient intégrés aux prises de vues et que le tout soit inséré dans l’image avec le personnage pour se rendre de compte de ce que la composition va donner. À ce moment-là, vous pouvez alors réfléchir à la façon de développer la scène en 3D.



Sur combien de prises avez-vous travaillé pour Ant-Man ?

Nous avons commencé à travailler sur Ant-Man à la fin du projet The Avengers : L'ère Ultron. Nous avons converti 582 prises, et la phase de test a commencé en février alors que nous travaillions encore sur Avengers pour Marvel, nous n'avons donc véritablement commencé à travailler dessus à temps plein qu’une fois ce projet achevé. Ant-Man était un projet très excitant pour nous, parce que même si nous avions déjà travaillé sur plusieurs productions de Marvel, le point de vue utilisé dans le film Ant-Man était très novateur. Nous avons travaillé sur des rendus avec Evan Jacobs, responsable 3D de chez Marvel, et nous avons dû choisir entre des prises de vues à hauteur d’homme, ou des plans tournés du point de vue du personnage Ant-Man. Si on choisissait la deuxième option, le spectateur avait alors l'impression que tout était gigantesque.

Quels sont les principaux outils et logiciels qui vous ont permis de réaliser tout cela ?

Depuis de nombreuses années, Fusion est un élément clé de notre workflow 3D. C'est un logiciel rapide et léger qui offre un contrôle de la 3D précis, et qui nous permet d’effectuer de nombreux ajustements. Il répond parfaitement à notre workflow 3D. Je pense que l'un des aspects les plus intéressants de Fusion, c'est la façon dont il prend en charge la rotoscopie. En effet, quand on fait de la conversion, la rotoscopie est une partie intégrante du workflow. En studio, par exemple, le technicien sculpte toutes les formes, d'une table au sol en passant par les murs, tout est réalisé dans Fusion. Ce logiciel traite ces différents éléments et cela permet au technicien d’obtenir un contrôle précis de chaque plan, ce qui dans l'ensemble permet de travailler plus efficacement.

En vue de développer notre workflow stéréoscopique, nous avons également fabriqué des outils stéréoscopiques propriétaires. Les développeurs apprécient la façon dont Fusion est organisé, il fournit un kit de développement stable sans devoir utiliser des plugins pour les mises à jour.

Quels conseils souhaitez-vous donner à ceux qui voudraient rejoindre l'équipe de conversion 3D chez Prime Focus World ?

Il existe de nombreuses opportunités en conversion. De nombreux techniciens de chez Prime Focus World ont commencé en stéréoscopie et ont ensuite intégré l'équipe chargée des effets visuels. Pour les novices, c'est l'endroit idéal pour apprendre les techniques de base, pour comprendre les différents espaces colorimétriques et pour apprendre à régler les problèmes. De plus, je pense que toute personne voulant travailler dans les effets visuels doit avoir une bonne compréhension de la 3D.